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Page:Fournier - Souvenirs poétiques de l’école romantique, 1880.djvu/133

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SONNETS

L'ETE DE LA SAINT-MARTIN

Quelquefois, sous un ciel au tiède Eurus ouvert,

Novembre a ses soleils, été rapide et chauve.

Où — parmi les rameaux, dont le feuillage fauve

S’éclaircit — apparaît le spectre de l’hiver.


Alors, pour éviter ce front de deuil couvert,

L’année, en folâtrant, dans les herbes se sauve.

Et tresse une couronne avec la pâle mauve,

Et l’œillet encor rose, et le thym encor vert.


Telle, au soir de la vie, il semble que renaisse,

Pour plusieurs, une courte et seconde jeunesse, *

Où le soleil d’amour brûle comme à midi,


Et le cœur qui dormait, se hâtant à revivre.

Chante à toutes les fleurs son réveil, et s’enivre

D’un nectar, que demain l’âge aura refroidi.


A UNE MÈRE QUI PLEURE

Comme un voleur de nuit, chez vous, la mort avide

S’est glissée... et voilà qu’il dort sous le gazon

Le beau petit enfant, lui qui dans la maison

Tenait si peu de place, et laisse un si grand vide.


Quand le fil de nos jours lentement se dévide

Sur le fuseau fatal, et que notre toison

Tombe mûre et jaunie, à l’arrière-saison.

Insensé qui se plaint du moissonneur livide !