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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/75

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bourre, du papier, du fumier, de l’engrais ! Ô postérité ! n’oublie pas surtout nos parloirs gothiques, nos ameublements Renaissance, les discours de M. Pasquier, la forme de nos chapeaux et l’esthétique de la Revue des Deux-Mondes !

C’est en nous laissant aller à ces considérations philosophiques que notre carriole nous traîna jusqu’à Tiffauges. Placés tous deux dans une espèce de cuve en fer-blanc, nous écrasions de notre poids l’imperceptible cheval qui ondulait dans les brancards : c’était le frétillement d’une anguille dans le corps d’un rat de Barbarie. Les descentes le poussaient en avant, les montées le tiraient en arrière, les débords le jetaient de côté et le vent l’agitait sous la grêle des coups de fouet. Pauvre bête ! Je n’y puis penser sans de certains remords.

La route, taillée dans la côte, descend en tournant, couverte sur ses bords par des massifs d’ajoncs, ou par de larges banques d’une mousse roussàtre. A droite, au pied de la colline, sur un mouvement de terrain qui se soulève du fond du vallon, de grands pans de muraille inégaux allongent les uns par-dessus les autres leurs sommets ébréchés.

On suit une haie, on prend un sentier, on entre sous un porche tout ouvert qui s’est enfoncé dans le sol jusqu’aux deux tiers de son ogive. Les hommes qui y passaient jadis à cheval n’y passeraient plus qu’en se courbant maintenant. Quand la terre s'ennuie de porter un monument trop longtemps