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est rentrée dans le silence et l’obscurité. Un de nos gens nous a dit qu’à l’air dont il nous avait répondu, ce vieillard, à coup sûr, était resté le seul de sa famille ; tous les autres ayant été tués par vendetta, il se souciait peu de la visite des étrangers.

Nous avons donc repris courage, et continuant d’un pas plus leste nous sommes enfin arrivés à 9 heures à Piedicroce. M. Paoli nous attendait avec son oncle, vieux curé de la commune, qui se tenait à table tout en prenant patience. C’était un petit gros vieillard, tout blanc, en bonnet de coton et en culotte courte ; il sait peu de français et ne nous a guère parlé que pour dire que le clergé devait se mettre à la tête de la nation et charger le fusil, si le sol venait à être envahi par l’Anglais.

M. Paoli, frère du procureur du roi de Calvi, que nous avions vu à Ajaccio, est un grand gaillard mince ; il était décolleté, en veste de toile, il nous a reçus avec beaucoup de franchise et paraît plus gai et plus causeur que ses compatriotes. Pendant le dîner, il nous a parlé de son pays longuement et même avec une rare sagacité. Cet homme, qui s’exprime si purement en français, qui a tant de finesse et de bon sens, n’est jamais sorti de sa commune dont il est le maire, il est vrai, et à qui il porte un amour d’administrateur.

Nos courses en Corse allaient bientôt finir ; le soir même nous devions aller coucher à Bastia. M. Paoli nous a accompagnés jusqu’à Orezza, monté sur une superbe bête qui bondissait sous lui et sautait comme un chevreuil. Le reste de la route,