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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/460

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dans les chaumes, tout au contraire est long et lumineux. Quand nos chevaux s’arrêtent, le bruit se tait, et nous ne voyons que l’immense horizon bleu de la Méditerranée qui s’agrandit à mesure que nous montons. La plaine, comme la mer, se déploie aussi de plus en plus, elle agrandit, comme elle, ses perspectives sans nombre. Des masses grises de cailloux vous indiquent dans la plaine quelques petits villages. Dans l’immense baie que la mer découpe devant nous, à quatre lieues en face, était la ville d’AIeria. On nous dit que des flottes pouvaient contenir dans ce port comblé et qu’il ne faudrait qu’enlever les sables pour en faire demain le plus beau du monde. Elle garde un renom de splendeur passée. Quand I’avait-elle ? Personne ne vous le dira ; n’y a sans doute bien des siècles qu’elle regarde ainsi en face l’Italie sans se lever de ses sables et que les lièvres viennent brouter le thym dans les pierres de son aqueduc. Ensevelie dans cette plaine vide et blanche elle me semblait une de ces cités de l’Orient, mortes depuis longtemps et que nous rêvons si tristes et si belles, y replaçant tous les rêves de grandeur que l’humanité a eus.

Cependant nous marchions sur la crête de petites collines, dans des cailloux de cuivre qui ressortaient de sous terre comme des bronzes antiques ; des plantes sauvages poussaient parmi eux, tout était pavé d’airain rouge et noir ; le soleil brillait dessus, et les rayons qui tombaient