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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/435

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au plafond, le lit est ouvert et attend les heureux. La fille galope sur son cheval, elle et ses cavaliers sont entrâmes avec une vitesse de démon. Sa mère pourtant est restée toute en pleurs sur le seuil de sa porte et elle lui crie : adieu, adieu, mais pour réponse elle n’entend toujours que le roulement du galop qui s’éloigne de plus en plus. Elle la vit encore une fois quand elle fut arrivée au haut de la montagne et qu’elle allait descendre.

Encore une fois elle fit signe de la main, mais l’autre regardait en avant. Elle regardait le cœur tout palpitant, là-bas au fond de la vallée, un toit qui fumait à l’horizon ; elle enviait le torrent qui courait devant elle, les oiseaux qui volaient à tire d’aile vers la demeure de l’époux chéri. L’infâme, dit-on, ne regarda pas sa mère, ne détourna pas la tête, ne fit pas un signe de main ; avec fureur la voilà qui enfonce l’éperon dans le ventre de son cheval pour descendre la montagne plus vite encore qu’elle ne l’avait montée, mais sa bête ne veut pas avancer ; un cavalier qu’elle appelle pour l’aider ne peut descendre de sa sejle, ni le second non plus, ni aucun des sept cavaliers ne peut faire un mouvement ; ils se sentent tous entrer dans le granit, comme dans la vase ; ils poussent des cris de désespoir auxquels répond la voix de la mère irritée qui leur envoie une malédiction éternelle.

Un paysan, monté sur un petit cheval maigre et chassant devant lui d’autres bêtes chargées