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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/406

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pas en esprit et en beauté le sans-façon cordial de la fille du bord de la mer. Elle est venue avec nous dans la barque et elle a causé tout le temps avec nous comme une bonne créature. Ses jeux sont du même azur que la mer. Pas un souffle d’air ne ridait les flots, et nous avancions à la rame doucement et tout en suivant la direction du filet ; l’eau est si transparente que je m’amusais à regarder la madrague qui filait sous notre barque et les petits poissons se jouer dans les mailles avec toutes les couleurs chatoyantes que leur donnait le soleil qui, passant à travers les flots, les colorait de mille nuances d’azur, d’or et d’émeraude ; ils frétillaient, passaient et revenaient avec mille petits mouvements les plus gentils du monde. A mesure qu’on s’avance, le filet se resserre et s’étrangle de plus en plus vers les trois barques placées au large, qui forment comme un cul-de-sac où doit se rendre tout le poisson pris dans le filet antérieur. Les nattes de jonc accrochées aux barques, plongées dans l’eau et sur les bords se relevant en coquille, avaient l’air du berceau d’une Naïade. Un dimanche soir j’ai vu le peuple se réjouir. Ce qui chagrine le plus les gens vertueux c’est de voir le peuple s’amuser. Il y a de quoi les chagriner fort à Marseille, car il s’y amuse tout à son aise, et boit le plaisir par tous les pores, sous toutes les formes, tant qu’il peut. J’en suis rentré le soir tout édifié et plein d’estime pour ces bonnes gens qui dînent sans causer politique et qui s’enivrent sans philosophie. La rue de la Darse