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Martel on ne pense guère aux Francs, et malgré la chaumière laissée comme spécimen de toutes celles qui emplissaient naguère le cirque, on ne pense guère non plus au moyen âge.

Ces monuments romains sont comme un squelette dont les os çà et là passent à travers la terre ; aux ondulations du gazon on devine la forme du mort. Le théâtre est encore enfoui sous les maisons voisines et il n’y a qu’un coin qui se montre ; sur une plate-forme qui faisait face aux bancs de pierre et que j’ai jugée la scène, deux colonnes de marbre blanc sont encore debout, hautes toutes deux, décorées d’une collerette de feuilles d’acanthe, tandis que toutes les autres sont étendues, mutilées, à leurs pieds. C’est par là qu’on a joué Plaute et Térence et que les Mascarilles du monde latin ont fait rire le peuple ; l’ombre de la comédie latine palpite encore là. Au coin de la rue une fille sur sa porte attendait l’aventure (carnem bomini tenentem), mais les bougies du lupanar qui devaient brûler jour et nuit étaient éteintes, tant toute splendeur se perd ; pauvre ruine d’amour, à côté de la ruine de l’art et qui vivait dans son ombre. Les Arlésiennes sont jolies. On en voit peu, on m’a dit qu’on n’en voyait plus. On ne voit donc plus rien maintenant ! C’est là ce qu’on appelle le type gréco-romain ; leur taille est forte et svelte à la fois comme un fût de marbre, leur profil exquis est entouré d’une large bande de velours rouge qui leur passe sur le haut de la tête, se rattache sous leur cou et rehausse ainsi la couleur noire de