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va partout, en partie de plaisir, ce qui fait qu’on n’a pas le loisir d’y rêver ni l’impudeur de se permettre des élans poétiques désordonnés. On arrive à midi, dévoré d’une faim atroce, et l’on s’y empiffre d’excellentes truites saumonées, ce qui ôte à l’imagination toute sa vaporisité et l’empêche de s’élever vers les hautes régions, sur les neiges, pour y planer avec les aigles. Si vous ouvrez l’album que vous présente le maître de la cabane où vous mangez, vous n’y verrez que deux genres d’exclamations : les unes sur la beauté du lac de Gaube, les autres sur la bonté de ses truites ; les secondes sont infiniment plus remarquables sous le rapport littéraire que les premières, ce qui veut dire qu’il n’y a que des sots ou des ventrus qui aient pris la plume pour y signer leur nom et leurs idées.

Les plus curieuses réflexions :

« Je me suis chargé d’excellentes truites au lac de Gaube. » (Dantan jeune.)

« Malgré tous mes efforts la truite n’a pu entrer. » (Villemain.) En regard, un portrait du fin critique.

« Pour entonner une truite « Ô truites du lac de Gaube, que n’êtes-vous des cerises ? » (M. de Rémusat.)

« Quelle bosse je me suis foutue. » (Cousin.)

Sur le haut d’une page, on lit :

« Mme Thiers. — N’est-ce pas, bijou chéri, qu’il