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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/365

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un pantalon de paysan que je gardai toute la journée, où je m’exerçai à aller nu-pieds. Quand je sortis de la cahute on m’entoura pendant cinq minutes ; je fus oublié au bout de dix, comme je le méritais.

Le soir, quand la pluie fut passée, nous allâmes tous au phare, que je ne pus visiter, ayant oublié mon passeport, ce qui me contraria médiocrement, car je n’avais guère envie d’y monter. Le reste de la société s’en retourna à pied directement à Bayonne et moi je revins à Biarritz pour reprendre mon pantalon qui devait être sec et que je repassai aussi mouillé que lorsque je l’avais quitté le matin. Ce fut là ce qu’il y eut pour moi de plus tragique dans l’aventure.

Du phare à Biarritz le terrain descend sensiblement, et après avoir marché sur des rochers escarpés on se trouve sur le rivage. Je marchais le long des flots comme il m’était si souvent arrivé à Trouville, à la même saison et à la même heure ; le soleil aussi se couchait sans doute là-bas sur les flots, mais ici la mer était bleue et douce, le vent était tiède et l’orage s’en allait.

Je me récitais tout haut des vers, comme cela m’arrive quand je suis tout seul dans la campagne ; la cadence me fait marcher et m’accompagne dans la route comme si je chantais. Je pensais à mille choses, à mes amis, à l’art, à moi-même, au passé et à l’avenir, à tout et à rien, regardant les flots et enfonçant dans le sable.

J’ai été hier en Espagne, j’ai vu l’Espagne, j’en