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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/331

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Et nous, nous repartîmes de notre côté. II était 2 heures environ quand nous arrivâmes à Rennes; le déjeuner de la table d’hôte était consommé et on nous fit attendre pour les côtelettes.

En nous promenant le soir sur le bord de la Vilaine, du côté des ponts, nous avons vu une sorte de long fourgon où l’on entrait par un escalier à double rampe et qui avait, le long de sa caisse, de petites fenêtres carrées à rideaux de coton rouge. La lumière de l’intérieur passant à travers, empourprait les têtes de la foule qui se tenait alentour; sur le seuil de la voiture, une femme encore jeune, maigre, salement mise, et le front rétréci par des tresses noires relevées sur les oreilles, tenant une baguette à la main et, glapissant dans son accent provençal, racontait l’horrible combat qui avait eu lieu sur les côtes de Barbarie entre un marin intrépide et un phoque furieux : on était, cependant parvenu à s’emparer du phoque, on l’avait dompté, éduqué; il était là, on pouvait le voir.

Nous entrâmes et prîmes rang autour d’un grand baquet obiong dont le dedans peint en gris était relevé par des bandes grenat simulant une tenture. Au-dessus du baquet, un quinquet muni d’un abat-jour en tôle renvoyait sa lumière sur l’eau jaunâtre dans laquelle quelque chose de noir et de long gisait sans bouger. La femme s’en est approchée, l’a frappé d’un petit coup de baguette; il a sorti sa tête humide, ses narines ressemblant à deux coupures symétriques se dilataient et se con-