Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/322

Cette page n’a pas encore été corrigée


couloir sombre qu’encombraient des planches et des échelles avec des cercles de futailles et des brouettes. *

Ce passage vous mène à une petite cour com- prise entre les pans intérieurs du château et res- serrée par l’épaisseur des murs. Le jour n’arrive que d’en haut, comme dans un préau de prison. Dans les angles, des gouttes humides coulaient le long des pierres.

Une autre porte fut ouverte. C’était une vaste salle dégarnie, sonore; le dallage est brisé en mille endroits; on a repeint le vieux lambris.

Par les grandes fenêtres, la teinte verte des bois d’en face jetait un reflet livide sur la muraille blanchie. Tout à leur pied, le lac est répandu, étalé sur l’herbe parmi les joncs; sous les fenêtres, les troènes, les acacias et les Iilas, poussés pêle- mêle dans l’ancien parterre, couvrent de leur tail- lis sauvage le talus qui descend jusqu’à la grande route; elle passe sur la berge du lac et continue ensuite par la forêt.

Rien ne résonnait dans la salle déserte où jadis, à cette heure, s’asseyait sur le bord de ces fenêtres l’enfant qui fut René. Le commis fumait sa pipe et crachait par terre. Son chien, qu’il avait amené, se promenait en furetant les souris, et les ongles de ses pattes sonnaient sur le pavé.

Nous avons monté les escaliers tournants. Le pied trébuche, on tâtonne des mains. Sur les mar- ches usées, la mousse est venue. Souvent un rayon lumineux, passant par la fente des murs et frap-