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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/312

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de vase qui se présentaient à I’improviste enca- drant dans le sable leurs méandres inégaux.

A nos côtés cheminaient deux curés qui ve- naient aussi voir le Mont Saint-Michel. Comme ils avaient peur de salir leurs robes neuves, ils les relevaient autour d’eux pour enjamber les ruis- seaux et sautaient en s’appuyant sur leurs bâtons. Leurs boucles d’argent étaient grises de la boue que le soleil y séchait à mesure, et leurs souliers trempés bâillaient en flaquant à tous leurs pas.

Le mont cependant grandissait. D’un même coup d’œil nous en saisissions l’ensemble et nous voyions, à les pouvoir compter, les tuiles des toits, les tas d’orties dans les rochers et, tout en haut, les lames vertes de la persienne d’une petite fenêtre qui donne sur le jardin du gouverneur.

La première porte, étroite et faite en ogive, s’ouvre sur une sorte de chaussée de galets des- cendant à la mer; sur l’écu rongé de la seconde, des lignes onduleuses taillées dans la pierre sem- blent figurer des flots, par terre, des deux côtés, sont étendus des canons énormes faits de barres de fer reliées avec des cercles pareils. L’un d’eux a gardé dans sa gueule son boulet de granit; pris sur les Anglais, en 1423, par Louis d’Estouville, depuis quatre siècles ils sont là.

Cinq ou six maisons se regardant en face com- posent toute la rue; leur alignement s’arrête et elles continuent par les raidillons et les escaliers qui mènent au château, se succédant au hasard, juchées, jetées l’une par-dessus l’autre.