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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/308

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sons rouges nageant dans leur bocal, tout cela avait je ne sais quel bon air féminin, espagnol, andalous, odaliscal et rafraîchissant qui faisait plaisir à retrouver après toutes les landes deTAr- morique.

Sotte présomption ! erreur des jugements ! Mme Mailïart est la meilleure mère de famille du monde et la plus tendre épouse du département, y compris les îles de la côte; elle a quatorze enfants qu’elle élève dans le travail et dans les bons principes; sa fille aînée fait les desserts et son second fils est parti à Jersey apprendre l’an- glais afin de pouvoir un jour servir d’interprète dans la maison.

Elle a adjoint à son établissement une boutique de curiosités où elle se livre vis-à-vis de l’étranger à une réclame des plus tenaces pour qu’il lui prenne ses assiettes du Japon, son point d’Angle- terre, ses colibris empaillés ou ses gros Faënza qu’elle veut faire passer naïvement pour des Pa- lissy. Elle vous montre aussi dans un bas d’ar- moire une demi-douzaine de bouquins dépareillés parmi lesquels il y a le second tome de Dom Morice, qu’elle garde pour quelqu’un de ses fils s’il s’en trouve un plus tard qui veuille étudier l’histoire, «car c’est une belle science et c’est joli pour un homme de la savoir».

De temps à autre elle vous quitte au bruit d’une sonnette qui communique de l’hôtel dans son magasin, mais elle y revient bientôt; elle y passe sa vie, vend, achète, revend, arrange, essuie, tri-