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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/307

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II s’est interrompu, a promené sur les murs son regard idiot, puis est sorti en se cognant à la porte où il s’est remis aussitôt à gueuler à pleine poitrine.

Nous avons retrouvé à Saint-Malo, dans la cour de notre hôtel, Mme Maillart, assise comme d’or- dinaire dans son hangar vitré et, de ses doigts gonflés de bagues, ecossant des haricots verts sur un tablier de cuisine mis par-dessus son peignoir jaune.

Quand nous la vîmes la première fois, un matin en arrivant (elle était debout et faisait tourner ses clefs sur son index), avec ses yeux noirs admira- blement doux et beaux et relevés vers les tempes sous un sourcil long, avec sa taille mince forte- ment garnie par derrière de tous les mensonges de l’industrie, avec ses boutons d’émeraude sur sa chemisette de batiste, des boucles d’oreilles battant son cou maigre, un collier sonnant sur ses clavicules et sa montre à breloques, son lorgnon d’or, ses broches et ses camées, avec sa robe jaune, ouverte, si lâche au corps, si parlante, et la pom- made qu’il y avait sur ses bandeaux, et le sourire qui rendait presque jolie sa bouche aux dents gâtées, nous en conçûmes, il faut l’avouer, un pré- jugé défavorable pour ses mœurs, mais bien favo- rable pour son hôtel. Les arbustes verts dans la cour, des bouquets de fleurs que l’on arrangeait dans des vases de porcelaine, la capucine épa- nouie qui grimpait autour des fenêtres et le galon d’argent des rideaux de nos lits, jusqu’à des pois-