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ses tourelles, ses cheminées carrées. Le Cher passe en murmurant au bas sous ses arches dont les arêtes pointues brisent le courant. Son élégance est robuste et douce et son calme mélancolique sans ennui ni amertume.

Vous entrez par une salle en ogives qui servait autrefois de salle d’armes, et où, malgré la difficulté de semblables ajustements, quelques armures qu’on y a mises ne choquent point et semblent à leur place. Partout, du reste, les tentures et les ameublements de l’époque sont conservés avec intelligence. Les vénérables cheminées du XVIe siècle ne recèlent pas, sous leur manteau, les ignobles et économiques cheminées à la prussienne qui savent se nicher sous de moins grandes.

Dans les cuisines contenues dans une arche du château, une servante épluchait des légumes, un marmiton lavait des assiettes, et, debout aux fourneaux , le cuisinier faisait bouillir pour le déjeuner un nombre raisonnable de casseroles luisantes. Tout cela est bien, a un bon air, sent son honnête vie de château, sa paresseuse et intelligente existence d’homme bien né. J’aime les propriétaires de Chenonceaux.

N’y a-t-il pas, d’ailleurs, partout de bons vieux portraits à vous faire passer de longues heures en vous figurant le temps où vivaient leurs modèles, et les ballets où tournoyaient les vertugadins de ces belles dames roses, et les bons coups d’épée que ces gentilshommes s’allongeaient avec leurs rapières. Voilà une des tentations de l’histoire. On