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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/298

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moelleuse., déployait une fine jambe robuste ter- minée par un pied cambré à talon court et dont les doigts s’écartaient. II marchait doucement sur le sable.

Oh ! que la forme humaine est belle quand elle apparaît dans sa liberté native, telle qu’elle fut créée au premier jour du monde ! Où la trouver, masquée qu’elle est maintenant et condamnée pour toujours à ne plus apparaître au soleil ? Ce grand mot de nature que l’humanité tour à tour a répété avec idolâtrie ou épouvante, que les phi- losophes sondaient, que les poètes chantaient, comme il se perd! comme il s’oublie! Loin des tréteaux où l’on crie et de la foule où l’on se pousse, s’il y a encore çà et là sur la terre des cœurs avides que tourmente sans relâche le ma- laise de la beauté, qui toujours sentent en eux ce désespérant besoin de dire ce qui ne se peut dire et de faire ce qui se rêve, c’est là, c’est là pour- tant, comme à la patrie de l’idéal, qu’il leur faut courir et qu’il faut vivre. Mais comment? par quel chemin? L’homme a coupé les forêts, il bat les mers, et sur ses villes le ciel fait les nuages avec la fumée de ses foyers. La gloire, sa mis- sion , disent d’autres, n’est-elle pas d’aller toujours ainsi, attaquant l’œuvre de Dieu, gagnant sur elle? II la nie, il la brise, il l’écrase, et jusqu’en lui, jusque dans ce corps dont il rougit et qu’il cache comme le crime.

L’homme étant ainsi devenu ce qu’il y a de plus rare et de plus difficile à connaître (je ne