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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/29

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au moins comparer ça aux coutumes anciennes, aux idées de la Renaissance et aux manières modernes, qu’on aurait été retremper aux bonnes traditions, lesquelles ont furieusement baissé, depuis le temps qu’on s’en sert. N’est-ce pas, monsieur ? Qu’en dit madame ?

Mais il y a des heures où l’on est en plus belle humeur que d’autres. L’excellent dîner que nous fîmes à Amboise et dont nous avions besoin (ayant de tout le jour plus nourri la Muse que la Bête) nous remit un peu de calme dans les veines et le soir, trottant lestement sur la route de Chenonceaux, nous fumions nos pipes et humions l’odeur de la forêt dans un état très satisfaisant.

Avant de nous mettre au lit, nous avions été nous livrer au même passe-temps sous les arbres qui entourent le château. La pluie tombait sur les feuilles vertes ; à l’abri sous elles, le dos appuyé sur le tronc des gros charmes, et cirant le cuir de nos chaussures sur la mousse humide, nous nous amusions du bruit des gouttes d’eau qui tombaient sur nos chapeaux.

Château de Chenonceaux. — Je ne sais quoi d’une suavité singulière et d’une aristocratique sérénité transpire au château de Chenonceaux. Placé au fond d’une grande allée d’arbres, à quelque distance du village, qui se tient respectueusement à l’écart, bâti sur l’eau, entouré de bois, au milieu d’un vaste parc à belles pelouses, il lève en l’air