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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/257

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déserte reçoit la pluie et à la place des dalles, entre les colonnes où s’enroulent aux chapiteaux des torses historiés, une herbe épaisse a poussé, les murailles nues ont une couleur de suie et de bronze, dont les tons tranchants se fondent l’un dans l’autre et qui capricieusement s’allongent sur la pierre comme les lambeaux inégaux d’une dra- perie déchirée. A d’autres places, de fines tramées d’herbes descendant de toute la hauteur de l’égîise semblent couler comme de grandes larmes.

Le vent de la mer, dont les vagues battent la base de l’édifice, entre par l’ogive des fenêtres sans vitrail où les courlis perchent sur le bord.

Elle n’a qu’un bas côté, et de l’autre de ses flancs, deux contre-nefs plus basses; les piliers carrés et les colonnes rondes s’alternent, la maî- tresse voûte s’appuyait sur des faisceaux de co- lonnettes. Près du phare qu’on a bâti là, dans une cour fermée d’une claire-voie, il y a des choux, du chanvre et des poireaux.

Au phare de Brest. — Ici se termine l’ancien monde; voilà son point le plus avancé, «sa limite extrême». Derrière vous est toute l’Europe, toute l’Asie; devant vous c’est la mer et toute la mer. Si grands qu’à nos yeux soient les espaces, ne sont-ils pas bornés toujours, dès que nous leur savons une limite? Ne voyez-vous pas de nos plages, par delà la Manche, les trottoirs de Brighton, et, des bastides de Provence, n’embras- sez-vous pas la Méditerranée entière, comme un

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