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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/246

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Dans le quartier des matelots, au contraire, tout se montre et s’étale. II flambe, il grouille. Les joyeuses maisons vous jettent, quand vous passez, leur bourdonnement et leur lumière. On crie, on danse, on se dispute, on s’amuse. Dans de grandes salles basses du rez-de-chaussée, des femmes en camisole de nuit sont assises sur des bancs, le long de la muraille blanchie où un quinquet est accroché; d’autres, sur le seuil des portes, vous appellent, et leurs têtes animées se détachent sur le fond du bouge éclairé où retentit le choc des verres avec les grosses caresses des hommes du peuple. Vous entendez sonner les baisers sur des épaules charnues, et rire de plaisir, au bras de quelque matelot bruni qui la tient sur ses genoux, la bonne fille rousse dont la gorge débraillée s’en va de sa chemise, comme sa chevelure de son bonnet. Ceux qui sont dehors viennent regarder à travers les carreaux ou causent doucement avec quelque égrillarde à moitié nue qui se penche sur leur visage. Les groupes stationnent; ils attendent. Cela se fait sans façon et comme l’envie vous y pousse. En voyageurs consciencieux et qui veu- lent étudier les choses de près, nous entrâmes... Mais ça se fait et ça ne se dit pas ! Mais c’est in- convenant! Voici un livre dégoûtant! Comment? Aller chez les filles et l’écrire encore ! Où en sommes-nous? Quelle révoltante littérature! L’im- pudence ne va pas plus loin. C’est d’un cynisme, d’une immoralité ! Comment ne pas rougir...

Nous entrâmes dans l’un de ces établissements