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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/241

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Les cuisines sont superbes, mais à une telle dis- tance, qu’en hiver tout doit parvenir glacé aux malades. II s’agit bien d’eux! les casseroles ne sont- elles pas luisantes? Nous vfmes un homme qui s’était cassé le crâne en tombant d’une frégate et qui depuis dix-huit heures n’avait pas encore reçu de secours; mais ses draps étaient très blancs, car la lingerie est fort bien tenue.

A l’hôpital du bagne j’ai été ému comme un enfant en voyant sur le lit d’un forçat une por- tée de petits chats qui jouaient sur ses genoux. II leur faisait des boulettes de papier et ils cou- raient après sur la couverture en se retenant aux bords avec leurs griffes pointues. Puis il les re- tournait sur le dos, les caressait, les embrassait, les mettait dans sa chemise. Renvoyé au travail, plus d’une fois, sans doute, sur son banc, quand il sera bien triste et bien las, il rêvera à ces heures tranquilles qu’il passait, seul avec eux, à sentir dans ses mains rudes la douceur de leur duvet et leurs petits corps chauds se tapir sur son cœur.

J’aime à croire cependant que le règlement in- terdit ces récréations et que c’était, sans doute, une charité de la religieuse.

Au reste, pas plus là qu’ailleurs, la règle n’est sans exception, outre que d’abord la distinction des rangs ne s’efface pas, quoi qu’on dise ( l’égalité étant un mensonge, même au bagne). Car du bonnet numéroté sort parfois quelque chevelure finement parfumée, comme sur le bord de la che- mise rouge se relève souvent un bout de man-

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