Ouvrir le menu principal

Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/229

Cette page n’a pas encore été corrigée


procurée pour les cascades ; j’en avais tant admiré que je les détestais à outrance. Lorsqu’il fallait se détourner pour en admirer une nouvelle, je me sentais des défaillances d’estomac; leur bruit, leur mousse, leur mouvement me révoltaient; je n’aspirais plus qu’après les plaines les plus sèches, j’aurais voulu vivre dans une marnière.

Sous le porche il y a douze apôtres maigres, avec des mines assez naïves, et l’intérieur, quoique roman (mais plus blanchi, hélas ! que la face de Pierrot), n’a rien, que de gros œufs d’autruche suspendus en ex-voto à la statue de la Vierge et qui rappellent ceux que mettent les musulmans dans les mosquées. Si cela arrête une minute et fait sourire en notre esprit la poésie des rappro- chements, vous en êtes puni bientôt par la vue d’un ossuaire du goût le plus horripilant qu’il soit possible de souffrir.

Dans la crainte de nous perdre en chemin, et comme nous voulions arriver de bonne heure à Brest, nous nous enquîmes d’un guide.

— Voilà un monsieur qui vous y mènera bien, il y retourne lui-même, nous dit notre hôtesse en nous désignant du doigt un bourgeois accoudé sur la table de la cuisine et qui trinquait avec un maréchal ferrant.

Quand la bouteille fut vidée, le monsieur se leva, prit une prise dans une tabatière en écaille et se tournant vers nous :

— Vous allez à Brest, messieurs?

— Oui.