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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/224

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chemise de grosse toile jaune; elle avait à la main un roseau cassé par le haut et se tenait debout à nous regarder sans rien dire.

Elle s’en est allée, puis est revenue; elle riait quand on lui parlait et vous quittait aussitôt.

Puis nous nous sommes levés, nous avons repris nos bâtons, nous sommes partis. En passant par-dessus le mur, nous en avons fait ébouler des pierres et le ciment s’est égrené sous nos mains. Est-ce que nous détruirions aussi, nous autres? et ce que n’ont pu abattre ni le temps, ni les hommes, ni le bon goût, ni l’industrie, voilà que l’achève sans le savoir le contemplateur naïf, dans l’exercice même de sa curiosité admirative.

En vingt minutes une barque nous eut passés de l’autre côté de la rade et déposés dans une anfractuosité du rocher, sur de grandes lames de pierre couvertes de goémons où nous glissâmes quelque temps avant de pouvoir gagner la terre. Entrés dans la campagne, notre embarras commença. II fallait coucher à Daoulas, or nous ne savions pas par où prendre. Les chemins tournaient le long des haies fournies, plus compactes que des murs. Nous montions, nous descendions; cependant les sentiers s’emplissaient d’ombre et la campagne s’assoupissait déjà dans ce beau silence des nuits d’été.

Ne rencontrant personne enfin qui pût nous dire notre route et deux ou trois paysans à qui nous nous étions adressés ne nous ayant répondu que par des cris inintelligibles, nous tirâmes notre