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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/223

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pouce et, sous le bras gauche, le bâton pastoral passé. Une manche étroite, fermée d’un gros bouton et sortant elle-même d’une manche très ample serre son bras ; ses mains sont jointes ; deux anges soutiennent l’oreiller où il repose; son chien, couché à ses pieds, surmonte un écusson qui est de neuf macles posées par trois au Iam- bel de trois pièces serties au chef et supporté à dextre par un lion Iampassé, à senestre par un lévrier.

Pendant que nous nous occupions à lire ces niaiseries, un veau jaune, marqué d’une tache à la tête, se promenait près de nous. II chancelait sur ses longues jambes faibles, et les mouches bourdonnaient autour de ses naseaux blancs, hu- mides encore du lait de sa mère. Derrière le por- tail, au bas de la montagne qu’ils recouvrent, les grands hêtres balançaient leurs cimes, le soleil frappait sur les vieux pans de mur, un air chaud passait; toutes sortes de plants et d’arbrisseaux, des orties, des marguerites, des angéliques, des sureaux, des bruyères et du baume faisaient un mélange de parfums sucrés; il tombait sur vous quelque chose de tendre, d’énervant, de navrant, d’écœurant; on se sentait pris de mollesse, tout plein de titillations obtuses et de convoitises fluides. Et comme nous étions là, couchés sur l’herbe, est survenue devant nous une grande jeune fille, blonde et blanche, allant nu-pieds parmi les ronces, et seulement vêtue d’un jupon de drap rouge dont le cordon lui serrait autour de la taille sa