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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/200

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Le commissaire commença par se mettre en colère. Mais comme il ne parlait pas le breton, ce fut le garde qui se mit en colère pour lui et qui chassa le public de céans, en prenant tout le monde par les épaules et en le poussant à la porte.

Lorsqu’il n’y eut plus dans la pièce qu’une douzaine de personnes environ, nous parvînmes à distinguer dans un coin un lambeau de chair qui pendait à un bras et une masse noire comme une chevelure sur laquelle coulaient des gouttes de sang. C’étaient la vieille femme et la jeune fille blessées dans la bagarre. La vieille, qui était sèche et grande et portait une peau bistrée, plis- sée comme du parchemin, se tenait debout avec son bras gauche dans sa main droite, geignait à peine et n’avait pas l’air de souffrir; mais la jeune fille pleurait. Assise, écartant les lèvres, baissant la tête, et les mains à plat sur les genoux, elle tremblait convulsivement et sanglotait tout bas. A toutes les questions qu’on leur faisait, elles ne répondaient que par des plaintes, et les témoi- gnages de ceux qui avaient vu donner les coups ne concordant même pas entre eux, il fut impos- sible de connaître ni qui avait battu ni pourquoi on avait battu. Les uns disaient que c’était un mari qui avait surpris sa femme dans une position horizontale; d’autres, que c’étaient les femmes qui s’étaient disputées et que le maître de la mai- son avait voulu les assommer pour les faire taire. On ne savait rien de précis, M. le commissaire