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puanteurs, ornez les chevelures de vos tire-bouchons et de vos tortillons, rasez-les à la malcontent, roulez-les à la Perrinet-Leclerc, montez-les en poire, étalez-les en saule pleureur, versez dessus votre colle de poisson, votre sirop de coing, vos bandolines, fixateurs et vos encaustiques luisants ; taillez, coupez, frisez raide et pommadez gras, jamais vous ne m’en montrerez une d’une distinction si relevée, d’une grâce si voluptueuse que celle-là, que l’on ne peignait sans doute qu’avec un gros peigne de corne blanche et que la pluie du ciel et la rosée mouillaient seules de leur eau pure.

Le lendemain, à midi, les rues de Quimper se tendirent de draps de calicot, les cloches sonnèrent, on sema sur le pavé des roses et des juliennes, et dans les carrefours se dressèrent des espèces d’estrades décorées de colonnes de verdure où s’enroulaient des guirlandes de fleurs en papier peint. C’était le dimanche de je ne sais quelle fête, et la procession allait passer. Sur le devant des portes on voyait les servantes dans leur toilette de campagne, avec des broderies de couleur sur les manches de leur casaquin et la tête prise entre leurs grands bonnets à barbes relevées et leur collerette raide qui fait l’effet par derrière d’une fraise à gros tuyaux ; leur jupe brune est plissée à petits plis serrés, droits comme ceux des bragow-brass, et leurs souliers découverts portent sur le cou-de-pied de larges boucles d’argent. Aux fenêtres, la haute société, comme aux premières loges, attendait le spectacle du cortège.