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est déteinte. Par les fenêtres à vitrail blanc arrive le grand jour des champs verdi par le feuillage des arbres d’alentour qui recouvrent le toit de l’église. La porte ( une petite porte en bois que l’on ferme avec un loquet) était ouverte; une volée d’oiseaux est entrée, voletant, caquetant, criant, se cognant aux murs; ils ont tourbillonné sous la voûte, sont allés se jouer autour de l’autel. Deux ou trois se sont abattus sur le bord du bénitier, y ont trempé leur bec, et puis, tous, comme ils étaient venus, sont repartis ensemble. Il n’est pas rare en Bretagne de les voir ainsi dans les églises; plusieurs y habitent et accrochent leur nid aux pierres de la nef; on les laisse en paix. Lorsqu’il pleut, ils accourent, mais dès que le soleil reparaît dans les vitraux et que les gouttières s’égouttent, ils regagnent les champs. De sorte que pendant l’orage deux créatures frêles entrent souvent à la fois dans la demeure bénie : l’homme pour y faire sa prière et y abriter ses terreurs, l’oiseau pour y attendre que la pluie soit passée et réchauffer les plumes naissantes de ses petits engourdis.

Un charme singulier transpire de ces pauvres églises. Ce n’est pas leur misère qui émeut, puisqu’alors même qu’il n’y a personne, on dirait qu’elles sont habitées. N’est-ce pas plutôt leur pudeur qui ravit? Car avec leur clocher bas, leur toit qui se cache sous les arbres, elles semblent se faire petites et s’humilier sous le grand ciel de Dieu. Ce n’est point, en effet, une pensée d’orgueil qui les a bâties, ni la fantaisie pieuse de