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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/169

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Quoi qu’il soit, l’étranger pour eux est toujours quelque chose d’extraordinaire, de vague et de mi- roitant dont ils voudraient bien se rendre compte; on l’admire, on le contemple, on lui demande l’heure pour voir sa belle montre, on le dévore du regard, d’un regard curieux, envieux, haineux peut-être, car il est riche, lui, bien riche, il habite Paris, la ville lointaine, la ville énorme et reten- tissante.

Dès que vous arrivez quelque part, les men- diants se ruent sur vous et s’y cramponnent avec l’obstination de la faim. Vous leur donnez, ils restent; vous leur donnez encore, leur nombre s’accroît, bientôt c’est une foule qui vous assiège. Vous aurez beau vider votre poche jusqu’au der- nier Iiard, ils n’en demeurent pas moins acharnés à vos flancs, occupés à réciter leurs prières, les- quelles sont malheureusement fort longues et heureusement inintelligibles. Si vous stationnez, ils ne bougent; si vous vous en allez, ils vous suivent; rien n’y remédie, ni discours, ni panto- mime. On dirait un parti pris pour vous mettre en rage, leur ténacité est irritante, implacable. Comme on se prend à regretter alors les bonnes bassesses facétieuses du mendiant italien, faisant la roue de- vant votre carriole en vous traitant d’excellence, et l’aimable gueuserie insolente du gamin de Paris qui vous demande votre bout de cigare en vous appelant général et qui le ramasse dans la boue en vous riant au nez !

La pauvreté du Midi n’a rien qui attriste, elle