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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/161

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sa taille courte, mais pleine de souplesse, se cam- brait d’une façon hardie au mouvement de ses cuisses jouant à l’aise dans son bragow-brass de toile écrue ; son mollet dur, serré dans des grèves blan- ches, saillissait nerveusement, et son pied chaussé de gros sabots était léger comme celui d’un cha- mois. II s’arrêta à quelques pas de nous pour re- nouer la boucle de sa jarretière, nous vîmes de profil sa figure pâle sur laquelle, dans cette pose, sa grande chevelure s’avançait comme une dra- perie et pendait jusqu’au coude. Lorsqu’il eut fini, il se redressa vite et nous le vîmes d’échelon en échelon qui continuait a sauter et de bonds en bonds s’éloignait.

Nous le retrouvâmes dans l’église Sainte-Croix chantant les litanies de la Vierge, à genoux, le front levé sur le ciel; il nous reconnut, tourna vers nous le regard sérieux de ses jeux noirs, l’y arrê.ta un instant avec une curiosité méfiante, puis il reprit son maintien et continua sa prière. Cette église Sainte-Croix est une belle église romane du xi* siècle, à qui son plan circulaire, sa voûte divisée par arcades, ses colonnes engagées à leur base dans des piliers carrés, ses pleins cintres surhaussés et son chœur placé au milieu auquel on monte par des escaliers de plusieurs marches donnent je ne sais quel air bas-empire et gallo- romain. La lumière arrivant d’en haut par de longues fenêtres étroites descend presque perpen- diculaire, comme le jour des ateliers, et déverse sur vous une sérénité blanche et pacifique. Ce

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