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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/157

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pont jeté sur chacune des rues. La façade de l’une d’elles, noire, obscure, rongée de mites, porte sur les poutres extérieures de sa charpente des personnages sculptés fort amusants; ils ont des bonnets ronds, des mines sérieuses et des robes longues que leur plisse autour de la taille une ceinture à large boucle. Us sont occupés à diffé- rentes besognes qui paraissent très importantes. Un d’eux tenant un pilon broie quelque chose dans un mortier. Probablement que c’était le logis vénéré d’un bon apothicaire-herboriste d’autre- fois, lors du vieux temps des élixirs et des juleps, quand on venait chercher chez lui la drogue orien- tale, le médicament miellé, l’or potable qui pro- longe la vie, et puis aussi le remède mystérieux qui se composait la nuit dans la seconde arrière- boutique, derrière les gros alambics verts et les paquets de baume : la potion contre l’épilepsie, faite de raclure de crâne humain et de sang de décapité ou le sirop prolifique pour les vieux ma- ris. Celui qui fit bâtir cette maison fut, j’imagine, quelque gros bourgeois du temps ayant sa stalle dans le chœur et sa métairie hors la ville, qui était marguillier de l’église et doit y être enterré quelque part.

II n’y a rien à voir dans l’intérieur de Saint- Michel, et nous allions en sortir quand nous dé- couvrîmes une statue en bois et un tableau â l’huile, la statue est une Pieta dont je défie.qui que ce soit de donner une idée; la Vierge, bleue et rouge, ressemble à Grassot, l’acteur; le Christ,