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Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/127

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valles comme de grandes taches jaunes. Au pied de l’une d’elles un ruisseau passait parmi les ra- meaux bas des arbrisseaux rabougris qui avaient poussé sur ses bords, et s’allait perdre plus loin dans une mare immobile où des insectes à grandes pattes se promenaient sur la feuille des nénufars.

Le soleil dardait. Les moucherons bruissaient leurs ailes et faisaient courber la pointe des joncs sous le poids de leurs corps légers. Nous étions seuls tous les deux dans la tranquillité de cette solitude.

En cet endroit le vallon s’arrondissait en s’élar- gissant et faisait un coude sur lui-même. Nous montâmes sur une butte pour découvrir au delà; mais l’horizon vite s’arrêtait, enclos par une autre colline, ou bien étendait de nouvelles plaines. Ce- pendant nous prîmes courage et continuâmes à avancer, tout en pensant à ces voyageurs aban- donnés dans les fies, qui grimpent sur les pro- montoires pour apercevoir au loin quelque voile venant à eux.

Le terrain devint plus sec, les herbes moins hautes, et la mer tout à coup se présenta devant nous, resserrée dans une anse étroite, et bientôt sa grève faite de débris de madrépores et de co- quilles se mit à crier sous nos pas. Nous nous lais- sâmes tomber par terre et nous nous endormîmes, épuisés de fatigue. Une heure après, réveillés par le froid, nous nous remîmes en marche, sûrs cette fois de ne pas nous perdre; nous étions sur la côte qui regarde la France, et nous avions le Pa-