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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/89

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gendarme (nous en avons changé) n’était pas arrivé.

Le Parnasse, au soleil levant, montrait toutes ses neiges ; il était taillé en deux tranches aiguës, proéminentes, appuyées sur des bases très larges qui en faisaient, à l’œil, la transition. Sommet épaté, mince, d’un blanc brillant comme de la nacre vernie ; la lumière, qui circulait dessus, semblait un glacis d’acier fluide. Bientôt une teinte rose est venue, puis s’en est allée, et il est redevenu blanc, avec ses filets noirs placés où la verdure paraît, où la neige n’est pas tombée. Derrière nous, une partie du ciel toute rouge, roulée en grosses volutes, avec des moires en bosses, et entre elles des places brunes de cendre.

La vallée ici (fin de la plaine d’Orchomène) est assez large ; des deux côtés les versants des montagnes, peu élevés, s’épatent jusqu’à vous. Bouquets de chênes nains, reste de la même petite voie qu’hier, beaucoup de boue, chemin exécrable pour les chevaux.

Giorgi avec son cheval est tombé dans un trou plein d’eau, il en a eu jusqu’aux aisselles, le cheval s’en est allé de son côté, l’homme du sien. À peine s’en était-il dépêtré que je le vois s’y re-précipiter avec fureur, c’était pour sauver le bissac aux provisions ; il est revenu sans lui sur le bord du trou. Peu ému et avec un calme très stoïque, il a attendu, pour changer, le bagage qui nous suivait de loin.

Le Parnasse est devant nous ; il y a une gorge à chacun de ses bouts, nous devons prendre celle de gauche. De là je vois trois grands mouvements de terrain peu distincts : d’abord une petite