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Turbeh de Soliman. — Allée d’arbres, plan de la Mecque, les hommes figurés par des petits clous, marchant deux à deux.

Mardi 19. — Le matin visite d’un tourneur, le beau jeune homme qui tourne avec une expression si navrante de volupté mystique. Il nous dit que tous, dans son ordre, boivent, quelques-uns s’en font mal ; il n’éprouve nullement de vision béate, mais seulement demande à Dieu la rémission de ses péchés ; le Diable ne peut entrer en eux quand ils tournent ainsi. L’apprentissage dure de vingt à quarante jours, ils s’exercent sur un disque posé sur un pivot. Selon lui, la corruption est maintenant à son maximum, autour de lui il ne voit que p… : « Qu’est-ce que fait un Turc ? Il prend une femme, la b… trois jours ; puis il voit un jeune garçon, lui soulève son bonnet, le prend chez lui et quitte la femme, qui se fait… par le jeune garçon ! ! ! » L’ordre des tourneurs me paraît très tolérant : la véritable Mekke, selon eux, est dans le cœur ; ils ne refusent aucune explication ni communication avec les giaours. Selon ce derviche, le nombre des pèlerins diminue sensiblement et les mosquées deviennent vides.

Le soir, nous avons été encore une fois les voir tourner ; même chose que la fois précédente. Ce n’est pas devant le Merab qu’ils saluent, mais devant la chaise de l’iman, et c’est eux-mêmes qu’ils saluent. Chacun part les bras croisés sur la poitrine, fait quelques tours, puis les détend. (Notre ami est capable de tourner les bras croisés six heures de suite.) Ils tournent sur le pied gauche, le droit envahissant par-dessus, la pointe du droit décrivant, pendant que le gauche tourne,