Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/366

Cette page n’a pas encore été corrigée


Il me semble qu’il y a une moyenne entre le passé et l’éphémère, entre l’archaïsme et le réalisme, entre Leconte de Lisle et Sardou, entre ce qui est mort et ce qui ne doit pas vivre.

Règle de conduite : Conseiller l’audace aux hommes et la retenue aux femmes, ce qui est la maxime du monde, peut-être selon la nature ; mais n’est-ce pas attenter à la délicatesse des uns et à l’intérêt des autres ? Qu’importe pour les premiers un adultère de plus ? tandis que le moindre amour peut faire perdre à une femme, si bas quelle soit, sa position, sa fortune et sa vie même. Conclusion : c’est à ces dames à nous faire les avances.

Les savants se décernent le titre d’écrivain aussi facilement que les poètes s’attribuent celui de penseur.

Le changement continuel des loyers est une des marques de l’inconsistance moderne, du trouble foncier où l’on vit ; la vie n’est posée nulle part.

L’époque contemporaine se résume par deux idées : catholicisme et socialisme ; l’intermédiaire est la blague, qui imbibe, l’un et l’autre.

On sacrifie l’amour à l’ambition et à l’intérêt, mais cela une fois ; c’est un acte pathético-comique dans la vie d’un homme, puis l’éternel féminin prend sa revanche.

L’homme est d’autant plus vache vis-à-vis de la femme, dans le train-train ordinaire de chaque jour, qu’il a été dur pour elle à un moment. L’inverse est vrai dans les mariages d’amour, car l’homme se repent tous les jours de la faiblesse qu’il a eue en se mariant.

Ce qui console de la vie, c’est la mort, et ce qui console de la mort, c’est la vie.

Arrivés à un certain état de l’esprit, tout converge à l’orgueil ; à un certain état du cœur, tout à la pitié. C’est alors qu’on n’a plus de présomption et qu’on n’a plus de compassion, quoique a sensibilité soit plus délicate et que l’isolement intérieur soit plus profond.

Le comble de l’orgueil, c’est de se mépriser soi-même.

Il faut une vanité peu commune pour qu’on ne s’aperçoive pas que vous en ayez.