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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/341

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des animaux du douar passe comme des ombres chinoises. J’attends très longtemps, politesses arabes, couscoussous en commun.

Parti au petit jour, nous attendons que le vent soit un peu calmé. Toute la nuit, j’ai pensé à ma première nuit aux Pyramides. Bientôt le paysage devient monotone ; sur les hauteurs, grandes vagues d’herbes qui n’en finissent. Gassen est toujours en retard. Pluie fine, continue.

Surprise du douar, femmes au bord des tentes, sans voiles. Je galopais, ma pelisse sur mes genoux, mon takieh sous mon chapeau ; zagarit, coup de fusil, fantasia, le fils du caïd en ceinture rouge, Souk-Aras ! Souk-Aras ! tout cela envolé dans le mouvement. J’ai ralenti devant les tentes, ils vont venir me baiser les mains, me prendre les pieds. De quelle nature était l’étrange frisson de joie qui m’a pris ? j’en ai rarement eu (jamais peut-être ? ) une pareille.

Le fils du caïd et son père galopent longtemps à côté et devant moi, le père s’en va le premier, le fils me demande, deux heures après, la permission. — La pluie n’en finit. —Descente, forêt, un cabaret vide où je demande ma route, les lignes rouges des bâtiments militaires de Souk-Aras.

SOUK-ARAS. — Ville neuve, atroce, froide, boueuse ; M. de Serval, sécot, inhospitalier ; Andrieux, l’hôtelier, sa microscopique épouse. — Couché, relevé, dîner. — Table d’hôte : MM. les officiers ; ignoble et bête, collet crasseux du directeur des postes ; le lendemain, M. Gosse, aliéné : il croit qu’on l’insulte. Ressemblances : le vétérinaire de mon régiment, Carpentier, M. Constant, brave et gros hussard, déjeune avec nous : « Un