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Page:Flaubert - Notes de voyages, II.djvu/24

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Sassetti, lui propose de couper le cou aux Grecs, et, comme il ne comprend pas, il lui fait signe avec son couteau, signe du reste qu’il traduit lui-même clairement, quand Stéphany lui a ensuite demandé ce qu’il avait voulu dire.

Nous nous tenons sur le versant gauche, les deux montagnes ont l’air d’avoir été tout à coup et brusquement séparées par le torrent, les angles rentrants de l’une faisant face aux angles sortants de l’autre. Le versant de droite est plus dénudé ; sur cette grande pente, presque à pic ou du moins fort inclinée, d’un ton brun très pâle, çà et là quelques arbres fichés, la verdure revient de notre côté : chênes, petits frênes, noyers, fougères, de l’eau. On tourne un coude à gauche, et, au bout de l’étroit vallon formé par le torrent est une immense plaine, blond pâle, terminée par un bourrelet bas de montagnes. Par son étendue, ça rappelle le désert ; le ciel est bleu, le soleil brille, bouffées d’air chaud. Au bas de la descente, grand lit à sec du torrent ; là, il s’élargit dans la plaine comme pour se venger d’avoir été si longtemps comprimé. Des vaches noires marchent dans un champ, en cassant sous leurs pieds les tiges sèches du maïs ; quelques tentes de Turcomans, toujours en rude et rugueuse toile noire de chameau ; sous l’une d’elles, à gauche, un enfant nu nous regarde passer. Nous suivons encore une heure la plaine ; à 4 heures, arrivés au village de Salikli.

SALIKLI. — L’éteignoir en fer-blanc de son minaret brille de loin. — Le collecteur d’impôts arménien nous paraît vexé de nous céder l’unique chambre logeable. — Beau lévrier noir.

Vendredi 25. —Toute la journée dans la même