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avec deux petites loupes qu’il a au cou, sous la ligne des carotides. (Mêmes petites loupes sous la mâchoire dans un Faune endormi, mais ici les cornes, en forme de vignot et non plus de bouquetin, sont plus rapprochées sur le front et se confondent moins avec la chevelure.) Ses cornes naissantes ne sont pas plus grandes que ses deux petites loupes. Le ventre flasque, charnu, à peaux molles, plein de vin doux mousseux et de pets qui gargouillent, s’en va de gauche à droite dans le sens de la jambe droite qui se lève. Les membres sont maigres, la chair peu ferme sur les os ; la débauche a vieilli cet être. Vilaines mains, doigts mal faits. La jumelléité du 2e et du 3e doigt du pied ne me semble observée nulle part jusqu’à présent, elle est pourtant constante dans la nature.

Faune dansant, statuette. — Très jolie chose comme mouvement, entente des cheveux et des cornes confondus ensemble ; la chevelure en mèches hérissées des Faunes n’a peut-être pas d’autre sens que de pouvoir se marier aisément avec les cornes, dont on tâche par ce moyen d’atténuer l’excentricité qu’elles ont par rapport au crâne humain et au visage. Les jambes trop longues, comme dans toutes les statues de danseurs et de danseuses. À observer que la queue chez les Faunes est toujours placée au-dessus du sacrum et non au bout du coccyx, comme chez les animaux.

Bacchus et un Faune. — Le Bacchus a une chevelure et une tête de femme, le reste est un corps d’homme. La juvénilité de Bacchus et Adonis, arrivant par gradation à des formes femelles, est-ce là ce qui a conduit à l’hermaphrodisme ? En tout cas, esthétiquement parlant, c’en est la transition.