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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/660

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Son désintéressement et son courage commandaient la sympathie et même l’admiration. Chez lui, le culte de la République se confondait de façon touchante avec le culte de son père, le conventionnel. Louis Blanc raconte que Godefroy Cavaignac lui disait une fois, parlant d’un chapitre de l’Histoire de dix ans : « Sais-tu ce qui, dans ce chapitre, m’a particulièrement touché ? C’est la note qui apprend au lecteur que le Cavaignac d’Afrique est mon frère. Mais pourquoi n’as-tu pas ajouté qu’il est le fils de cet autre Cavaignac ? »

« Il regarda le ciel, dit Louis Blanc, et ne put continuer, tant il était ému. »

P. 315. Les Mystères de Paris. — Les Mystères de Paris, d’Eugène Sue, parus en feuilleton dans le Journal des Débats en 1842 et 1843, eurent un immense succès.

« L’auteur ne crut pas devoir se gêner avec ceux qui se montraient d’accueil si facile. Au contraire, on eût dit qu’il prenait un plaisir de gamin à voir jusqu’où il pourrait mener les honnêtes abonnés de la feuille ministérielle. Il se mit à les promener par les ruelles infâmes, les arrêta dans les bouges, les assit aux tapis francs, en société de prostituées et de forçats, leur parla argot, ne leur procurant d’autre diversion à ces vilaines odeurs que l’âcre parfum des scènes lubriques…

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« En somme, dans le monde même qui eût dû leur être le plus sévère, le succès des Mystères de Paris fut immense.

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« L’exemple, d’ailleurs, était donné de haut. Un matin, M. Duchâtel entrait précipitamment dans le cabinet de ses attachés, avec un air qui semblait annoncer un gros événement politique : « Eh bien, dit-il, vous savez ! La Louve est morte ! » La Louve était une des héroïnes des Mystères de Paris. Un autre ministre, le maréchal Soult, se mettait en colère quand le feuilleton manquait ; Eugène Sue, ayant été mis en prison pour négligence obstinée dans son service de garde national, menaçait de ne pas donner de « copie » tant qu’il serait sous les verrous ; le maréchal se hâta de lui faire ouvrir les portes. » (Thureau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet, t. VI, p. 74, 75 et 76.)

P. 332. Thiers. — Thiers avait fait paraître son Histoire de la Révolution française de 1823 à 1827. La publication de l’Histoire du Consulat et de l’Empire commença en 1845.

P. 332. Dulaure. — Dulaure (1755-1835). L’ouvrage, dont il est question ici, est sans doute Esquisses historiques de la Révolution.