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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/618

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« Sans méconnaître les qualités, qui font de M. Flaubert un écrivain d’une certaine originalité, écrivait Saint-René-Taillandier dans la Revue des Deux Mondes, nous n’admirons sans réserves ni son art, ni son style. Qu’est-ce qu’un art dont le résultat est de supprimer la composition, de rendre l’unité impossible, de substituer une série d’esquisses à un tableau… ?

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« Oui certes M. Flaubert est un artiste, il sait peindre, il sait graver à l’eau-forte, il a des touches puissantes, qui font saillir en plein relief certains aspects de la réalité, mais il écrit comme ceux qui possèdent le don du style, sans en connaître suffisamment les lois[1]. »

Cuvillier-Fleury, dans le Journal des Débats, disait que Flaubert n’avait pas fait un roman, mais une satire ; encore trouvait-il la satire bien exagérée[2].

Schérer, dans le Temps, reprenait la même accusation sous une autre forme : « Son livre n’est pas un roman, c’est un récit d’aventures, ce sont des mémoires. À force d’être réaliste il est réel, sans doute, mais à force d’être réel il cesse de nous intéresser[3]. »

Dans le Figaro, Amédée de Cesena faisait grief à Flaubert de « ses fréquentes excursions dans le domaine de la politique », et concluait : « Ce n’est pas pour y retrouver les déclamations des réunions publiques que les femmes ouvrent un roman »[4].

George Sand avait le courage de prendre la défense du livre ainsi attaqué : « Il n’y a pas de question morale, comme on l’entend, soulevée dans ce livre, écrivait-elle dans la Liberté. Toutes les questions solidaires les unes des autres s’y présentent en bloc à l’esprit, et chaque opinion s’y juge elle-même. Quand il sait si bien faire vivre les figures de sa création, l’auteur n’a que faire de montrer la sienne. Chaque pensée, chaque parole, chaque geste de chaque rôle exprime clairement à chaque conscience l’erreur ou la vérité qu’il porte en soi. Dans un travail si bien fouillé, la lumière jaillit de partout et se passe d’un résumé dogmatique. Ce n’est pas être sceptique que de se dispenser d’être pédant.

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« Il (Flaubert) a mis devant nos yeux un miroir en disant : « Regardez-vous ; si votre image n’est pas ressemblante, celle de « votre voisin le sera peut-être. » Et en effet nous avons tous trouvé

  1. Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
  2. Journal des Débats, 14 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
  3. Temps, 7 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
  4. Figaro, 20 novembre 1869.