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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/612

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Martinon était maintenant sénateur.

Hussonnet occupait une haute place, où il se trouvait avoir sous sa main tous les théâtres et toute la presse.

Cisy, enfoncé dans la religion et père de huit enfants, habitait le château de ses aïeux.

Pellerin, après avoir donné dans le fouriérisme, l’homéopathie, les tables tournantes, l’art gothique et la peinture humanitaire, était devenu photographe ; et sur toutes les murailles de Paris, on le voyait représenté en habit noir avec un corps minuscule et une grosse tête.

— Et ton intime Sénécal ? demanda Frédéric.

— Disparu ! Je ne sais ! Et toi, ta grande passion, Mme Arnoux ?

— Elle doit être à Rome avec son fils, lieutenant de chasseurs.

— Et son mari ?

— Mort l’année dernière.

— Tiens ! dit l’avocat.

Puis se frappant le front :

— À propos, l’autre jour, dans une boutique, j’ai rencontré cette bonne Maréchale, tenant par la main un petit garçon qu’elle a adopté. Elle est veuve d’un certain M. Oudry, et très grosse maintenant, énorme. Quelle décadence ! Elle qui avait autrefois la taille si mince.

Deslauriers ne cacha pas qu’il avait profité de son désespoir pour s’en assurer par lui-même.

— Comme tu me l’avais permis, du reste.

Cet aveu était une compensation au silence qu’il gardait touchant sa tentative près de Mme Arnoux. Frédéric l’eût pardonnée, puisqu’elle n’avait pas réussi.