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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/599

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— Ce que vous faites n’est pas bien, murmura Frédéric.

Elle riait.

— Mais, chère amie, c’est la première grâce que je vous demande.

— Mais vous ne serez pas un mari aimable, savez-vous ?

Quelqu’un venait de lancer une surenchère ; elle leva la main :

— Neuf cents francs !

— Neuf cents francs ! répéta Me Berthelmot.

— Neuf cent dix… — quinze… vingt… trente ! glapissait le crieur, tout en parcourant du regard l’assistance, avec des hochements de tête saccadés.

— Prouvez-moi que ma femme est raisonnable, dit Frédéric.

Il l’entraîna doucement vers la porte.

Le commissaire-priseur continuait.

— Allons, allons, messieurs, neuf cent trente ! Y a-t-il marchand à neuf cent trente ?

Mme Dambreuse, qui était arrivée sur le seuil, s’arrêta ; et, d’une voix haute :

— Mille francs !

Il y eut un frisson dans le public, un silence.

— Mille francs, messieurs, mille francs ! Personne ne dit rien ? bien vu ? mille francs ! — Adjugé !

Le marteau d’ivoire s’abattit.

Elle fit passer sa carte, on lui envoya le coffret.

Elle le plongea dans son manchon.

Frédéric sentit un grand froid lui traverser le cœur.

Mme Dambreuse n’avait pas quitté son bras ; et