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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/541

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Sénécal n’exprima pas d’opinion sur cette candidature. Il parla de sa personne, et des affaires du pays.

Si lamentables qu’elles fussent, elles le réjouissaient ; car on marchait au communisme. D’abord, l’Administration y menait d’elle-même, puisque, chaque jour, il y avait plus de choses régies par le Gouvernement. Quant à la Propriété, la Constitution de 48, malgré ses faiblesses, ne l’avait pas ménagée ; au nom de l’utilité publique, l’État pouvait prendre désormais ce qu’il jugeait lui convenir. Sénécal se déclara pour l’Autorité ; et Frédéric aperçut dans ses discours l’exagération de ses propres paroles à Deslauriers. Le républicain tonna même contre l’insuffisance des masses.

— Robespierre, en défendant le droit du petit nombre, amena Louis XVI devant la Convention nationale, et sauva le peuple. La fin des choses les rend légitimes. La dictature est quelquefois indispensable. Vive la tyrannie, pourvu que le tyran fasse le bien !

Leur discussion dura longtemps, et, comme il s’en allait, Sénécal avoua (c’était le but de sa visite, peut-être) que Deslauriers s’impatientait beaucoup du silence de M. Dambreuse.

Mais M. Dambreuse était malade. Frédéric le voyait tous les jours, sa qualité d’intime le faisait admettre près de lui.

La révocation du général Changarnier avait ému extrêmement le capitaliste. Le soir même, il fut pris d’une grande chaleur dans la poitrine, avec une oppression à ne pouvoir se tenir couché. Des sangsues amenèrent un soulagement immédiat. La toux sèche disparut, la respiration devint