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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/506

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Il jura.

— Et c’est moi seule que tu aimes ?

— Parbleu !

Cette assurance la rendit gaie. Elle aurait voulu se perdre dans les rues, pour se promener ensemble toute la nuit.

— J’ai été si tourmentée là-bas ! On ne parlait que de barricades ! Je te voyais tombant sur le dos, couvert de sang ! Ta mère était dans son lit avec ses rhumatismes. Elle ne savait rien. Il fallait me taire ! Je n’y tenais plus Alors, j’ai pris Catherine.

Et elle lui conta son départ, toute sa route, et le mensonge fait à son père.

— Il me ramène dans deux jours. Viens demain soir, comme par hasard, et profites-en pour me demander en mariage.

Jamais Frédéric n’avait été plus loin du mariage. D’ailleurs, Mlle Roque lui semblait une petite personne assez ridicule. Quelle différence avec une femme comme Mme Dambreuse ! Un bien autre avenir lui était réservé ! Il en avait la certitude aujourd’hui ; aussi n’était-ce pas le moment de s’engager, par un coup de cœur, dans une détermination de cette importance. Il fallait maintenant être positif ; et puis il avait revu Mme Arnoux. Cependant la franchise de Louise l’embarrassait. Il répliqua :

— As-tu bien réfléchi à cette démarche ?

— Comment ! s’écria-t-elle, glacée de surprise et d’indignation.

Il dit que se marier actuellement serait une folie.

— Ainsi tu ne veux pas de moi ?