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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/451

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— Parbleu, je ne nie pas les miennes ! Pour quelques mille francs, belle histoire ! J’emprunte au moins ; je ne vole personne !

Mlle Vatnaz s’efforça de rire.

— Oh ! j’en mettrais ma main au feu.

— Prends garde ! Elle est assez sèche pour brûler.

La vieille fille lui présenta sa main droite, et, la gardant levée juste en face d’elle :

— Mais il y a de tes amis qui la trouvent à leur convenance !

— Des Andalous, alors ? comme castagnettes !

— Gueuse !

La Maréchale fit un grand salut.

— On n’est pas plus ravissante !

Mlle Vatnaz ne répondit rien. Des gouttes de sueur parurent à ses tempes. Ses yeux se fixaient sur le tapis.

Elle haletait. Enfin, elle gagna la porte, et, la faisant claquer vigoureusement :

— Bonsoir ! Vous aurez de mes nouvelles !

— À l’avantage ! dit Rosanette.

Sa contrainte l’avait brisée. Elle tomba sur le divan, toute tremblante, balbutiant des injures, versant des larmes. Était-ce cette menace de la Vatnaz qui la tourmentait ? Eh non ! elle s’en moquait bien ! À tout compter, l’autre lui devait de l’argent, peut-être ? C’était le mouton d’or, un cadeau ; et, au milieu de ses pleurs, le nom de Delmar lui échappa. Donc, elle aimait le cabotin !

« Alors, pourquoi m’a-t-elle pris ? se demanda Frédéric. D’où vient qu’il est revenu ? Qui la force à me garder ? Quel est le sens de tout cela ? »

Les petits sanglots de Rosanette continuaient. Elle était toujours au bord du divan, étendue de