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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/413

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TROISIÈME PARTIE.


I



Le bruit d’une fusillade le tira brusquement de son sommeil ; et, malgré les instances de Rosanette, Frédéric, à toute force, voulut aller voir ce qui se passait. Il descendait vers les Champs-Élysées, d’où les coups de feu étaient partis. À l’angle de la rue Saint-Honoré, des hommes en blouse le croisèrent en criant :

— Non ! pas par là ! au Palais-Royal !

Frédéric les suivit. On avait arraché les grilles de l’Assomption. Plus loin, il remarqua trois pavés au milieu de la voie, le commencement d’une barricade, sans doute, puis des tessons de bouteilles, et des paquets de fil de fer pour embarrasser la cavalerie ; quand tout à coup s’élança d’une ruelle un grand jeune homme pâle, dont les cheveux noirs flottaient sur les épaules, prises dans une espèce de maillot à pois de couleur. Il tenait