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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/390

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La porte du magasin sur l’escalier retomba. Elle fit un bond ; et elle restait la main étendue, comme pour lui commander le silence. Des pas se rapprochèrent. Puis quelqu’un dit au-dehors :

— Madame est-elle là ?

— Entrez !

Mme Arnoux avait le coude sur le comptoir et roulait une plume entre ses doigts, tranquillement, quand le teneur de livres ouvrit la portière.

Frédéric se leva.

— Madame, j’ai bien l’honneur de vous saluer. Le service, n’est-ce pas, sera prêt ? je puis compter dessus ?

Elle ne répondit rien. Mais cette complicité silencieuse enflamma son visage de toutes les rougeurs de l’adultère.

Le lendemain, il retourna chez elle, on le reçut ; et, afin de poursuivre ses avantages, immédiatement, sans préambule, Frédéric commença par se justifier de la rencontre au Champ de Mars. Le hasard seul l’avait fait se trouver avec cette femme. En admettant qu’elle fût jolie (ce qui n’était pas vrai), comment pourrait-elle arrêter sa pensée, même une minute, puisqu’il en aimait une autre !

— Vous le savez bien, je vous l’ai dit.

Mme Arnoux baissa la tête.

— Je suis fâchée que vous me l’ayez dit.

— Pourquoi ?

— Les convenances les plus simples exigent maintenant que je ne vous revoie plus !

Il protesta de l’innocence de son amour. Le passé devait lui répondre de l’avenir ; il s’était pro-