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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/389

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— Tous vos rêves, pourtant, n’étaient pas si… candides !

— Que voulez-vous dire ?

— Quand vous vous promenez aux courses avec… des personnes !

Il maudit la Maréchale. Un souvenir lui revint.

— Mais c’est vous-même, autrefois, qui m’avez prié de la voir, dans l’intérêt d’Arnoux !

Elle répliqua en hochant la tête :

— Et vous en profitiez pour vous distraire.

— Mon Dieu ! oublions toutes ces sottises !

— C’est juste, puisque vous allez vous marier !

Et elle retenait son soupir, en mordant ses lèvres.

Alors, il s’écria :

— Mais je vous répète que non ! Pouvez-vous croire que, moi, avec mes besoins d’intelligence, mes habitudes, j’aille m’enfouir en province pour jouer aux cartes, surveiller des maçons, et me promener en sabots ! Dans quel but, alors ? On vous a conté qu’elle était riche, n’est-ce pas ? Ah ! je me moque bien de l’argent ! Est-ce qu’après avoir désiré tout ce qu’il y a de plus beau, de plus tendre, de plus enchanteur, une sorte de paradis sous forme humaine, et quand je l’ai trouvé enfin, cet idéal, quand cette vision me cache toutes les autres…

Et, lui prenant la tête à deux mains, il se mit à la baiser sur les paupières, en répétant :

— Non ! non ! non ! jamais je ne me marierai ! jamais ! jamais !

Elle acceptait ces caresses, figée par la surprise et par le ravissement.