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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/385

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nationalité polonaise ne périra pas… — Nos grands travaux seront poursuivis… — Donnez-moi de l’argent pour ma petite famille… » Tous riaient beaucoup, le proclamant un gaillard délicieux, plein d’esprit ; la joie redoubla à la vue du bol de punch qu’un limonadier apportait.

Les flammes de l’alcool et celles des bougies échauffèrent vite l’appartement ; et la lumière de la mansarde, traversant la cour, éclairait en face le bord d’un toit, avec le tuyau d’une cheminée qui se dressait en noir sur la nuit. Ils parlaient très haut, tous à la fois ; ils avaient retiré leurs redingotes ; ils heurtaient les meubles, ils choquaient les verres.

Hussonnet s’écria :

— Faites monter des grandes dames, pour que ce soit plus Tour de Nesle, couleur locale, et rembranesque, palsambleu !

Et le pharmacien, qui tournait le punch indéfiniment, entonna à pleine poitrine :

J’ai deux grands bœufs dans mon étable,
Deux grands bœufs blancs…

Sénécal lui mit la main sur la bouche, il n’aimait pas le désordre ; et les locataires apparaissaient à leurs carreaux, surpris du tapage insolite qui se faisait dans le logement de Dussardier.

Le brave garçon était heureux, et dit que ça lui rappelait leurs petites séances d’autrefois, au quai Napoléon ; plusieurs manquaient cependant, « ainsi Pellerin… »

— On peut s’en passer, reprit Frédéric.

Et Deslauriers s’informa de Martinon.

— Que devient-il, cet intéressant monsieur ?