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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/292

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Cela commençait par des reproches amicaux :

« Que devenez-vous, mon cher ? je m’ennuie. »

Mais l’écriture était si abominable, que Frédéric allait rejeter tout le paquet quand il aperçut, en post-scriptum :

« Je compte sur vous demain pour me conduire aux courses. »

Que signifiait cette invitation ? était-ce encore un tour de la Maréchale ? Mais on ne se moque pas deux fois du même homme à propos de rien ; et pris de curiosité, il relut la lettre attentivement.

Frédéric distingua : « Malentendu… avoir fait fausse route… désillusions… Pauvres enfants que nous sommes !… Pareils à deux fleuves qui se rejoignent ! etc. »

Ce style contrastait avec le langage ordinaire de la lorette. Quel changement était donc survenu ?

Il garda longtemps les feuilles entre ses doigts. Elles sentaient l’iris ; et il y avait, dans la forme des caractères et l’espacement irrégulier des lignes, comme un désordre de toilette qui le troubla.

« Pourquoi n’irais-je pas ? se dit-il enfin. Mais si Mme Arnoux le savait ? Ah ! qu’elle le sache ! Tant mieux ! et qu’elle en soit jalouse ! ça me vengera ! »