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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/281

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grand arc de bois qui portait écrit en lettres d’or : FAÏENCES.

Ce n’était pas sans but que Jacques Arnoux avait choisi le voisinage de Creil ; en plaçant sa manufacture le plus près possible de l’autre (accréditée depuis longtemps), il provoquait dans le public une confusion favorable à ses intérêts.

Le principal corps de bâtiment s’appuyait sur le bord même d’une rivière qui traverse la prairie. La maison de maître, entourée d’un jardin, se distinguait par son perron, orné de quatre vases où se hérissaient des cactus. Des amas de terre blanche séchaient sous des hangars ; il y en avait d’autres à l’air libre ; et au milieu de la cour se tenait Sénécal, avec son éternel paletot bleu, doublé de rouge.

L’ancien répétiteur tendit sa main froide.

— Vous venez pour le patron ? Il n’est pas là.

Frédéric, décontenancé, répondit bêtement :

— Je le savais.

Mais, se reprenant aussitôt :

— C’est pour une affaire qui concerne Mme Arnoux. Peut-elle me recevoir ?

— Ah ! je ne l’ai pas vue depuis trois jours, dit Sénécal.

Et il entama une kyrielle de plaintes. En acceptant les conditions du fabricant, il avait entendu demeurer à Paris, et non s’enfouir dans cette campagne, loin de ses amis, privé de journaux. N’importe ! il avait passé par là-dessus ! Mais Arnoux ne paraissait faire nulle attention à son mérite. Il était borné d’ailleurs, et rétrograde, ignorant comme pas un. Au lieu de chercher des perfectionnements artistiques, mieux aurait valu intro-