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Page:Flaubert - L’Éducation sentimentale éd. Conard.djvu/28

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qu’il revenait d’inspecter ses pièges à loup, dans son jardin, au bord de l’eau.

— Et vous voilà de retour dans nos pays ? Très bien ! j’ai appris cela par ma fillette. La santé est toujours bonne, j’espère ? Vous ne partez pas encore ?

Et il s’en alla, rebuté, sans doute, par l’accueil de Frédéric.

Mme Moreau, en effet, ne le fréquentait pas ; le père Roque vivait en concubinage avec sa bonne, et on le considérait fort peu, bien qu’il fût le croupier d’élections4, le régisseur de M. Dambreuse.

— Le banquier qui demeure rue d’Anjou ? reprit Deslauriers. Sais-tu ce que tu devrais faire, mon brave ?

Isidore les interrompit encore une fois. Il avait ordre de ramener Frédéric, définitivement. Madame s’inquiétait de son absence.

— Bien, bien ! on y va, dit Deslauriers ; il ne découchera pas.

Et, le domestique étant parti :

— Tu devrais prier ce vieux de t’introduire chez les Dambreuse ; rien n’est utile comme de fréquenter une maison riche ! Puisque tu as un habit noir et des gants blancs, profites-en ! Il faut que tu ailles dans ce monde là ! Tu m’y mèneras plus tard. Un homme à millions, pense donc ! Arrange-toi pour lui plaire, et à sa femme aussi. Deviens son amant !

Frédéric se récriait.

— Mais je te dis là des choses classiques, il me semble ? Rappelle-toi Rastignac dans la Comédie humaine ! Tu réussiras, j’en suis sûr !

Frédéric avait tant de confiance en Deslauriers,